La Cave du Prieuré

Saison estivale 2026

Saison estivale 2026

 

L’hiver 2025-2026 aura finalement bien mérité son nom. Sans connaître les épisodes de neige abondante ni les longues périodes où le thermomètre restait bloqué plusieurs jours sous les -10 °C (un climat qui semble désormais appartenir au passé), il s’est néanmoins montré froid et humide.

 

La vigne a commencé son développement normalement au mois de mars.

Les températures proches de 0 °C observées autour du 10 avril nous ont rappelé que le printemps peut encore réserver de mauvaises surprises. Le risque de gel était bien réel. Nous avions donc préparé, comme en 2024, une lutte collective par enfumage. Finalement, elle n'aura pas été nécessaire. Au lever du jour, la « Bise », ce vent du nord bien connu dans notre région, s'est installée et a suffi à éloigner la menace.

Quelques jours plus tard, le décor changeait complètement. Après une semaine fraîche, la chaleur s'est imposée avec une brutalité presque estivale. Entre le 5 et le 15 avril, les températures ont gagné plus de 20 degrés! La vigne a immédiatement réagi en accélérant sa croissance de façon spectaculaire.

Habituellement, nous débutons l'ébourgeonnage (cette opération essentielle qui consiste à ne conserver que les rameaux les plus prometteurs) au début du mois de mai, juste après notre week-end Portes Ouvertes (photo 1). Cette année, nous étions déjà dans les vignes le 20 avril, avec une dizaine de jours d'avance. Dès les premières semaines, le millésime laissait entrevoir un caractère exceptionnel par sa précocité.

 

Le début du mois de mai a toutefois marqué une parenthèse plus fraîche. Les pluies et le retour de températures printanières ont ralenti la croissance de la vigne, nous offrant l'occasion de rattraper notre retard dans les travaux. Pendant près de trois semaines, les imperméables sont devenus notre seconde peau... sans toujours remplir parfaitement leur mission (voir photo 4). Heureusement, comme aime à le rappeler Harmonie, notre salariée la plus souriante : « Nous ne sommes pas en sucre ! »

Le 10 mai nous a offert l'une de ces petites récompenses que la nature réserve parfois à ceux qui passent leurs journées dans les vignes. Dans deux parcelles voisines de mondeuse, nous avons observé, le même jour, un papillon et une chenille du Grand Sphinx de la vigne. Cette espèce, assez rare, est toujours un émerveillement. Avec son envergure de 6 à 8 centimètres et ses nuances de brun grisâtre et de lilas clair, le papillon est aussi discret qu'élégant. Sa chenille, en revanche, impressionne davantage. En cas de danger, elle rentre sa tête dans son thorax, gonfle son corps et fait apparaître deux larges ocelles noirs qui imitent les yeux d'un serpent. Accompagnée de mouvements brusques de gauche à droite, cette mise en scène suffit souvent à décourager les prédateurs... et parfois même les ouvriers de la vigne ! (Voir photo 2 et 3.)

 

À partir du 20 mai, le soleil s'est durablement installé. La floraison s'est déroulée dans des conditions idéales, un moment toujours déterminant pour la qualité du futur millésime. Comme chaque année, cette étape nous permet d'estimer la date des vendanges grâce à une règle empirique bien connue des vignerons : environ cent jours séparent la floraison de la récolte. En 2026, cela nous conduit entre le 25 août et le 1er septembre. Une telle précocité reste exceptionnelle. Nous n’avons débuté qu’une seule récolte en août : celle de 2003. Le millésime 2026 semble aujourd'hui suivre cette même trajectoire.

Durant les périodes de fortes chaleurs, comme celles que nous avons connues au mois de juin, le travail manuel, irremplaçable par les machines, devient particulièrement éprouvant. Le soleil tanne la peau dès 8 heures du matin. Les après-midis paraissent interminables. La soif ne quitte personne et les nuits sont moins réparatrices. La déshydratation et les coups de chaleur se multiplient. Pourtant, notre travail reste indispensable pour accompagner la vigne dans sa croissance et, in fine, dans la production de nos vins. Cet investissement humain n’est pas anodin. C’est pourquoi nous tenons à remercier toute notre équipe de salariés, permanents comme saisonniers, pour la qualité constante de leur travail et leur engagement sans faille.

 

Jusqu’au 5 juillet, les vignes n’ont montré aucun signe de sécheresse. Nous savons toutefois que, sans eau, les difficultés (photosynthèse, maturation, défoliation…) apparaîtront progressivement au cours de l’été si aucune précipitation ne survient. Pour limiter autant que possible ces effets, nous avons anticipé et revu certaines de nos pratiques culturales. Depuis une dizaine d’années, les épisodes caniculaires et les sécheresses semblent devenir la norme. Lorsque nous estimons qu’un millésime sera délicat, nous limitons les effeuillages aux parcelles les moins sensibles. Nous maintenons néanmoins cette pratique, que certains vignerons abandonnent désormais totalement, afin de favoriser une meilleure maturité des raisins et de faciliter les vendanges, que nous réalisons bien entendu entièrement à la main. Plus les grappes sont exposées progressivement au soleil, plus elles développent une résistance aux fortes chaleurs et aux brûlures. Nous limitons également les rognages afin de conserver davantage de feuillage protecteur. L’herbe est maintenue pour préserver une température du sol aussi basse que possible et nos traitements sont espacés lorsque le risque de maladie diminue.

Quelle que soit l’année et quelles que soient les conditions climatiques, nous continuons de pratiquer d’importantes vendanges en vert sur le cépage mondeuse (voir photo 8). Ce sacrifice, réalisé au profit de la qualité, nous permet d’obtenir des mondeuse concentrées et parfaitement mûres.

 

Au 5 juillet, nous avons déjà effectué deux arrosages de nos jeunes ceps plantés au mois d’avril. Malgré ces deux interventions (environ 5 litres d’eau par cep à chaque passage), une mortalité importante est déjà constatée.

 

Si nous savons que l’été, ainsi que la période qui nous sépare encore des vendanges, risquent d’être compliqués en raison de la sécheresse, des fortes chaleurs et de possibles orages, nous gardons, comme toujours, l’espoir de produire de grands vins (et mettront tout en œuvre pour y parvenir).

 

Les rendements risquent une nouvelle fois d’être limités, une situation qui devient malheureusement la norme et à laquelle nous devons désormais nous adapter.

 

Rendez-vous aux vendanges ou au caveau pour partager un verre ! 

Photos :